1 octobre 2026 — La rédaction 1894 Property
Aix : les seize hexagones de Vasarely ont cinquante ans
On passe devant sans la voir. À la sortie ouest d'Aix-en-Provence, au bord des voies rapides, une longue construction basse aligne seize hexagones de béton et d'aluminium, noir et blanc, sans enseigne ni emphase. Ce bâtiment a cinquante ans cette année : le Centre architectonique de la Fondation Vasarely a été inauguré le 14 février 1976, et la fondation en a célébré le demi-siècle les 14 et 15 février 2026. C'est l'un des rares édifices de la région dont on puisse dire qu'il n'abrite pas des œuvres : il en est une.
Un maire, une ZAC et le fantôme de Cézanne
L'histoire commence par une question d'urbanisme. En 1971, la ville d'Aix-en-Provence grandit vite — sa population a presque triplé depuis 1954 — et son maire, Félix Ciccolini, cherche à équilibrer cette expansion par un geste culturel. Une zone d'aménagement concerté est programmée au Jas de Bouffan, à l'ouest de la ville.
Victor Vasarely, alors au sommet de sa notoriété internationale, hésite entre Avignon, Marseille et Aix. Il choisit Aix pour le passé de la ville, ses activités artistiques et architecturales, et par admiration pour Cézanne, dont la propriété familiale se trouvait précisément au Jas de Bouffan. Le quartier qui avait vu peindre le peintre d'Aix allait accueillir le manifeste d'un artiste hongrois naturalisé français, obsédé par la géométrie et la perception.
L'engagement est inhabituel, et il explique beaucoup de la singularité du lieu : c'est, selon Gomet', la première fondation monographique d'artiste financée par celui-ci de son vivant. Vasarely n'a pas légué une collection à une institution ; il a payé la construction d'un bâtiment destiné à démontrer sa thèse. L'art ne devait pas rester accroché aux murs des musées mais entrer dans l'architecture, et par elle dans la ville.
Seize hexagones au bord de l'autoroute
Le dessin est de Vasarely ; la mise en œuvre revient aux architectes Jean Sonnier et Dominique Ronsseray. La première pierre est posée en décembre 1973, la première tranche achevée en novembre 1975, et l'inauguration réunit en février 1976 le Premier ministre Jacques Chirac, le secrétaire d'État à la Culture Michel Guy et Madame Claude Pompidou.
Les chiffres disent l'ambition. Seize hexagones de quatorze mètres de largeur chacun, une emprise de quatre-vingt-sept mètres sur quarante, cinq mille mètres carrés de surface, quatorze verrières pyramidales pour la lumière du jour. Le rez-de-chaussée s'organise en sept alvéoles de onze mètres de hauteur, qui abritent quarante-deux intégrations architectoniques monumentales — des œuvres conçues non pour être accrochées, mais pour faire partie de la paroi. À l'extérieur, les façades sont habillées de panneaux d'aluminium anodisé blanc et noir, disposés de manière à produire eux-mêmes un effet optique : le bâtiment change selon l'angle et selon l'heure.
Le mot employé par Vasarely pour ces œuvres — intégrations architectoniques — n'est pas un ornement de vocabulaire. Une intégration n'est pas un tableau de grand format : elle est solidaire du mur, de sa trame, de sa hauteur, et elle ne peut pas être décrochée pour être vendue ou prêtée. Quarante-deux pièces conçues ainsi, dans un seul bâtiment, forment un ensemble indissociable de son contenant. C'est ce qui a rendu la suite de l'histoire si compliquée : on ne pouvait pas sauver les œuvres sans sauver l'architecture, ni l'inverse.
Ce bâtiment n'abrite pas des œuvres : il en est une.
L'intention du parcours intérieur est explicite. Vasarely voulait conduire le visiteur à travers une progression dans la découverte des couleurs, des matières, des effets optiques et cinétiques, et le désorienter volontairement dans des espaces saturés de couleur. On y entre debout et sûr de soi ; on y perd assez vite la mesure des distances. C'est une architecture qui fabrique du doute, ce qui, pour un bâtiment de cinq mille mètres carrés planté au bord d'une autoroute, n'est pas la moindre des audaces.
Le prix d'une utopie en aluminium
Les utopies des années 1970 ont mal vieilli, matériellement parlant. Aluminium anodisé, vitrages teintés, verrières à structure en nid d'abeille — ce dernier procédé avait été développé pour le Concorde : ces matériaux n'avaient ni l'épaisseur ni la tolérance de la pierre de Provence. Trente ans après l'inauguration, l'eau passait, les façades se dégradaient, le paysage planté avait été laissé à lui-même.
Le sauvetage a pris une décennie. Un concours est lancé en 2010 pour désigner l'équipe de restauration ; le bâtiment est classé au titre des monuments historiques en 2013, ce qui change radicalement son statut juridique et ses moyens ; les travaux sont réceptionnés en février 2019, pour un montant de 11,6 millions d'euros. La maîtrise d'œuvre réunit Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, et Jacques Repiquet comme architecte mandataire. La restauration des œuvres monumentales elles-mêmes a suivi celle de l'enveloppe, avec ses propres études de diagnostic.
Ce chantier est instructif bien au-delà d'Aix. Restaurer un bâtiment des années 1970 ne consiste pas à remplacer, mais à conserver des matériaux industriels que l'on croyait éternels et qui étaient en réalité expérimentaux. C'est un métier récent, et la Fondation Vasarely en est devenue l'un des cas d'école français. Dans une région où l'on a l'habitude de restaurer des bastides, des hôtels particuliers et des mas, c'est une autre discipline du patrimoine qui s'est inventée là, sur de l'aluminium et du verre teinté.
Une institution devenue durable
La reconnaissance a suivi la remise en état. La Fondation Vasarely, présidée par Pierre Vasarely, petit-fils de l'artiste, a obtenu l'appellation Musée de France le 10 décembre 2020, au titre du code du patrimoine, pour ses collections d'art moderne et contemporain. L'édifice qui avait failli disparaître par défaut d'entretien est entré, en moins de dix ans, dans la catégorie des institutions protégées et des monuments classés.
Le cinquantenaire, en février 2026, a donc pris un sens particulier : il ne célébrait pas seulement une date d'inauguration, mais le fait qu'il y ait encore quelque chose à inaugurer. Peu de manifestes architecturaux des années 1970 ont survécu intacts à leurs propres matériaux.
Il reste, à Aix, un bâtiment singulier dans un paysage dominé par le calcaire, les tuiles et les platanes du cours Mirabeau. Et il reste une leçon simple sur la manière d'habiter : un lieu n'est jamais neutre, il agit sur ceux qui le traversent. Vasarely l'affirmait de façon radicale, en saturant sept alvéoles de onze mètres d'effets optiques ; une maison bien orientée, une pièce dont la lumière a été pensée, un volume juste le font plus discrètement, mais le font aussi.
C'est au fond la même question, posée à deux échelles : ce que l'architecture fait à ceux qui vivent dedans — la question qui précède toutes les autres dans les propriétés que présente 1894 Property.
Sources : Fondation Vasarely, Un projet de Fondation ; Ministère de la Culture, Plateforme ouverte du patrimoine, notice fondation Vasarely ; Agence Pierre-Antoine Gatier, Fondation Vasarely, Aix-en-Provence ; Destimed, La Fondation Vasarely, le phare d'Aix-en-Provence, est restaurée ; Gomet', 2026, année Vasarely : à Aix, la Fondation célèbre 50 ans d'utopie devenue réalité.
— Photo : Declan Sun / Unsplash